Plume

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Plume

 

 

 

 

 

Je suis Plume, l’indien, le pisteur, le chasseur. Je suis Plume, le poète et l’ami du poète dont j’écoute en silence respectueux les maux et les phrases  Je suis un flatteur, les poètes aiment cela,  mais j’aime que l’on me flatte, que l’on me caresse le long de toute l’échine, du bout de la tête au bout de la queue. Alors j’ondule sous la main  et je ronronne, alors je consens à me poser sur les genoux ou les ventres  pour m’enrouler tout entier. J’aime aussi les coussins  et j’y dors des heures le ventre en l’air dans une confiance magnifique  et totale en la douceur de la vie. J’ai mes petites gâteries : je goûte avec délice et délicatesse les haricots verts et je lèche les fins de pot de yaourt, quémande le bout de steak haché que mange ma maitresse, là sur la table, le nez sur son assiette ; mais quand elle dit non d’une voix péremptoire, j’arrête, de peur de la fâcher pour de bon.

Je chasse les serpents et les lézards, les sauterelles aussi. Je vagabonde des heures entre mes succursales, chez les voisins du quartier  où je prends mes aises sur les chaises longues et les balancelles.  J’observe le jardin par delà la baie vitrée, et les oiseaux qui s’aventurent sur mon territoire pour y grappiller des baies, bien cachés dans la haie. J’écoute la musique dans la chaleur de la maison, et je viens boire à l’évier de la cuisine où trempent quelques casseroles.

Je partage le lit  de ma maitresse le soir et m’y laisse caresser, collé contre son flanc, dans le parfum des draps, pendant qu’elle lit ses vers, puis je fais signe que je veux sortir, car la nuit  m’appelle où tous les chats sont gris  et se rencontrent hors des wigwams, car je suis un chat tigré bien ordinaire, mais un félin racé ……

 

Michèle Rosenzweig- « j’en parle à mon chat »- proses poétiques

 

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Jazz

Jazz Jazz.jpgJazz

Chat rôdeur autour de mon terrain, il se laissait
approcher  et venait vers moi  sur le devant de porte se
frotter contre mes jambes. Personne ne savait d’où il venait,
et madame ma voisine voulait l’attraper et le faire piquer par le
vétérinaire  contre un Euro. C’est là que l’idée a germé que
peut être, si Le chat voulait de moi, je voudrais bien de lui.

Aussi un samedi, je mis une assiette de lait sur le devant de
porte.

Puis une autre le dimanche. Monsieur Le chat apparut, je
laissais la porte ouverte pour qu’il visite la maison, peut être
lui plairait elle. Il fit le tour du propriétaire et s’établit sur
le coussin en patchwork dans le salon. Il m’avait choisie. Au
début je laissais les portes ouvertes souvent  puis un matin
découvrant que Le chat voulait faire ses besoins à l’intérieur,
j’achetais une litière, un collier, une pipette anti puces, des
croquettes.

Jazz m’avait adoptée. Je découvris ce matin-là seulement
lors de sa toilette minutieuse, que monsieur était une dame. Cela
ne change rien .Jazz se laisse caresser, dort sur mes coussins,
vient se faire câliner sur mon lit, se perche sur ma hanche sur le
canapé, observe mon jardin du haut d’un dossier de fauteuil
en écoutant ma musique, feule imperceptiblement au moindre moineau
qui passe derrière ma baie vitrée,  et a droit à une petite
gâterie sur mes repas Elle me fait la fête quand je rentre du
travail parce que c’est l’heure aussi d’un repas conséquent. Elle
rapplique au moindre bruit de coquille qu’on écale, car elle
raffole des œufs durs. Madame la vagabonde ne sort plus, elle
est devenue une chatte d’appartement  tout ce qu’il y a de
plus correcte et de plus sage. Ah,  j’oubliais, elle est
noire, avec un peu de blanc sous le ventre, sur la poitrine et sur
le bout des pattes de derrière. Elle a de grands yeux verts. On
dirait un majordome en tenue, une grande dame en smoking.

Et puis un jour où j’ai pris quelque temps de vacances à
la mer et où je la laissai à la garde de la voisine, elle disparut
.Comme elle était venue. Elle ne vint pas manger sa pitance malgré
la pluie dehors,  torrentielle. Dieu sait si je l’ai
cherchée et appelée, les larmes aux yeux  et la culpabilité de
m’être absentée au ventre,  je l’attends toujours.
Ma si tendre, ma si raffinée, ma si douce, mon air de jazz , ma
« lady sophistiquée », ma Jazz.

michèle rosenzweig-; « j’en parle à mon chat » proses
poétiques 

mon bureau

mon bureau mon-bureau.jpg

le bureau 

extrait de « le voyage en sapin » -déclinaison de femmes
-editions edilivre.com-2014

(…)

« Je vais au bureau », « au bureau, il y
a… », « c’est un copain de bureau ».
L’expression la fit grimacer. Impersonnelle, automatique,
plate à force d’être passée dans les habitudes, elle prit
soudain un sens nouveau pour elle, presque héroïque, dépourvue de
sens justement, ne signifiant plus rien pour personne tant elle
englobait de concepts à la fois. C’était pourtant bel et bien
la vie « active » de milliers de gens pour lesquels
BUREAU était un monde,une réalité d’inaction, d’inertie
de huit heures par jour.

Elle se remémora le grand bureau de son père.

Un meuble.

En bois.

Odoriférant.

Surtout pas toute une pièce, ni toute une entreprise et
pourtant, peut être tout à la fois, si chaleureusement. A la fois
lisse au toucher et imposant de présence. Le meuble n’était
pas d’antiquité, certes ; charpenté, simple, la seule
élégance un peu racée, à qui savait regarder, apparaissait dans les
veines torsadées du noyer à qui il devait son existence.

Au centre, trônait la machine à écrire, très lourde, très noire,
avec laquelle, petite fille, elle s’amusait à taper avec deux
doigts, des histoires, des leçons, des phrases sans queue ni tête.
Elle adorait voir jaillir les bras métalliques de ce ventre noir,
diablotins à ressorts, dès que son doigt enfonçait les touches avec
un claquement sec qui laissait une empreinte presque délicate
d’oiseau mouche sur le blanc du papier. Elle aimait
particulièrement les touches de ponctuation, les % ’
«  ! ? dont les barbares graphismes alignés ressemblaient à
s’y méprendre à des codes secrets ou des formules magiques.
Assise au clavier de l’enfance, elle jouait, jouait. A la
maîtresse, à l’apprentie sorcière.

Un peu à droite, dans un apparent désordre de papiers, de
dossiers, de petites notes qu’il était interdit de déranger,
l’éphéméride. Une planchette de bois, en plan incliné, cadran
solaire, pierre de sacrifice au temps qui court, deux arcs chromés,
double arc-en-ciel entre l’hier masqué et
l’aujourd’hui à découvrir, entre
l’aujourd’hui enfui et le demain à réveiller. Deux arcs
chromés dans lesquels pivotent des feuillets perforés si minces
qu’ils invitent à mouiller l’index pour les tourner,
avec de gros chiffres rouges imprimés, presque trop grossiers, trop
orgueilleux, trop carrés, et des petites lunes discrètes, noires ou
blanches, entières ou en quartiers, et des noms pour chaque jour,
noms de saints ou de fêtes, de protecteurs ou d’alliées, de
divinités, culte ou mémoire tout au long de l’année, avec
l’heure des levers et couchers du soleil.

Un peu à gauche, le buvard à bascule en bois verni maculé
d’encre côté semelle sur laquelle elle essayait de déchiffrer
les fragments d’écriture inversée. Langue hiéroglyphe,
extra-terrestre, inconnue, familière, la projetant dans une
aventure de grande décrypteuse et découvreuse.

Et puis, à portée de main, le plumier en bois, débordant de
crayons de menuisier rouges et bleus, plats, à mine rectangulaire,
pour le marquage du bois, à la mine tendre ou dure, que son père
n’effilait qu’au couteau de poche. Les stylos, les
grosses gommes, les trombones dont elle faisait des colliers, les
punaises, les copeaux, les taillures de crayons, les papiers
froissés échappés à l’automatisme de la corbeille à papier,
pêle-mêle pour un plaisir de fouineuse, de brocanteuse, de
piratesse au trésor, lisant des cartes du tendre volées à une idole
non sans angoisse, humilité, peut être un peu coupables
d’espièglerie et d’amour non avoué.(…)

Michèle rosenzweig

mes fleurs : les asters

mes fleurs : les asters mes-fleurs-les-asters.jpgavant la saison des chrysanthèmes voilà que fleurissent les
asters prodigues et rustiques , d’une belle floraison violette .
ils réapparaissent début octobre pour commémorer la mort de mon
fils, à qui je les dédicace dans mes pensées. la tristesse fait
place à la joie , car par delà la mort , certains morts sont
toujours vivants , et parlent par les fleurs ……

L’hiver des
abeilles 

extrait de déclinaison de femmes – éditions edifree.com
-2011

Elle aurait pu dire :

Le silence, vois tu, c’est la première et ultime musique.
Je n’ai jamais encore saisi d’instant de total silence.
Je crois que seule la mort sera peut être le silence dans sa
perfection.

J’aurais dit :

Il y a tant de sortes de silences. Insupportables, délicieux,
complices, révélateurs de ce que l’on cache, de ce que
l’on exhibe, des silences en solitaire et des silences de
solitude, des silences privilèges et des silences honteux, de bien
être comme de torture. Nous appelons seulement silence quand nous
nous arrêtons de gesticuler.

Elle disait :

La musique, c’est l’échappement, la peur du vide, la
trépidation. Même la musique n’est ponctuée que de silences.
La plus petite réduction du rythme n’est pas le son,
l’unité de mesure est le silence. La musique canalise le
bruit, elle éteint les rumeurs parasites. La musique est au silence
ce que le coït est à la caresse.

Je disais :

Je ne crois pas en dieu, mais j‘aime certaines églises, à
cause de la lumière qui se joue dans les vitraux, à cause du
silence respecté. Ce que je savoure en haut d’un col après la
marche, c’est encore le silence battu par mon essoufflement,
celui de la beauté vue d’en haut et là, il me semble que je
peux croire en l’idée de dieu.

Elle dit :

Le silence des dieux c’est le néant. Il n’ y a pas
de néant, il n’y a que des plénitudes inachevées, des vides
en action. Le vrai silence humain, c’est quand il n’y a
plus à se débattre, le vrai silence est dans le regard humain. Je
dis humain, mais je le lis dans les yeux de mon chat.
J’aimerais être immobile. Silencieuse et immobile. Et
consciente que je le suis, dans mon corps et  ma pensée. Mais
l’immobilisme ne se peut pas. Il se capte si difficilement.
C’est pourquoi je le peins. La lumière est un bolide de
particules en mouvement. Les hommes s‘y reconnaissent, ils
craignent la nuit qu’ils veulent peuplée, qu’ils
croient immobile. Les hommes sont des enfants, il leur faut la
présence, il leur faut le présent sans cesse recommencé. La
vieillesse c’est la dynamique de l’attente, ce
n’est pas une infirmité, c’est une transition. La mort
n’est pas immobile. Les corps, même momifiés, même congelés,
ne sont qu’en attente d’un remodèlement. Il survient
tôt ou tard. Quant à l’âme, s’il est vrai qu’elle
a droit à une spécificité hors du corps, elle navigue encore soit
dans l’éther des dieux, soit dans la poussière de nos
cellules, soit dans la mémoire de ceux qui nous survivent.

(…)

Michèle rosenzweig

roses d’octobre

roses d'octobre roses-d-octobre.jpg

Roses d ‘octobre

Dernier adieu de l’été , dernier sursaut de senteur et de grâce avant l’aridité des arbres nus , en cortège des feuilles
dépossédées de leurs branches gisant ici et là mouillées par la pluie fine et pénétrante d’automne. Un charme singulier de dernière heure, une pamoison de belles dames ….

michèle rosenzweig-j’en parle à mon chat – proses
poétiques