animale

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un extrait de mon prochain livre « Cocagnes »pour lequel je
cherche encore un illustrateur

L’animale

Je suis panthère

Je rôde dans les rochers

Où solitaire

Tantôt sur le bout de griffes

Tantôt sur les coussinets

Je déploie mes muscles noirs en sauts
félins.

Je perce d’un œil vert, chasseuse de furtif,
la plaine qui s’étend

Les herbes sèches où paissent les gazelles

Avec un goût de viande crue obsédant.

 

Je suis gazelle

Du haut de mes pattes minces

Je foule la brousse

Et je poursuis le vent en sauts de danseuse

Je guette, grands yeux noirs attentifs,

Le léopard caché,

le moindre remous, la moindre haleine de
danger.

Je fuis effarouchée au cri rauque de
l’oiseau.

 

Je suis girafe

L’arbre étale ses feuilles sous ma langue
délicate

Mes yeux se mirent dans les nuages

Et mes longues jambes

Il me faut les écarter pour boire au
marigot

Dans une génuflexion impossible

Dans une humble prière debout.

Je broute paisible de concert avec les éléphants

dans mon habit tâché de roux

déroulant gracieusement mon cou.

 

Je suis éléphant

Ma force lourde soulève la poussière

Sous moi le sol tremble.

Si je cours  c’est le tonnerre.

Je m’asperge au fleuve de ma trompe
barissante.

Je dédaigne le lion, car je suis puissance.

Je suis ridé, plissé, rugueux et dur comme un vieil
africain.

 

Je suis moi

Sur mes deux pattes retrouvées

Avec mes chères mains pour prendre et pour
toucher.

Debout et fière, je secoue ma crinière

Femme de prière et femme de chant

La parole est mon vêtement pensant.

L’animale que je suis

Danse dans la lumière souple de midi

Aux quatre coins de la terre

Mon cœur dans mon corps

De son bonheur d’être

Rugit.

 

Michèle Rosenzweig- Cocagnes – poèmes 

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la repasseuse et le chiffonnier

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le temps  est à la nostalgie voici un très vieux
texte de mes débuts dans un livre à présent épuisé  et qui me
fait encore sourire 

La repasseuse et le chiffonnier

Chiffonnier des heures

je mets le temps en chiffons

mais le temps si ridé m’a tout entortillé.

Je suis tout enchiffonné

ma tête de pâte à papier

de papier mâché

je cherche ma repasseuse

l’avez-vous vue passer ?

Elle m’a tout embobiné

A nous deux  que ne ferons nous ?

Nous ferons se plier le sale temps

En deux à nos genoux

Nous froisserons l’amour propre en amour fou

Nous déchirerons des p’tits morceaux
d’amour

Et ferons des replis dans le temps qui court

Gais et frais  comme du linge doux.

Tu défroisseras les dentelles fripées

nous démêlerons les nœuds dans les tabliers

tu plieras ma vie en p’tits carrés

et moi le sauvageon pêle-mêle et roulé-boulé

e te vêtirai de fleurs en chiffons

je friperai moi le fripon

je friperai ma repasseuse dépassée

je friperai ton blanc tablier.

 

Michèle Rosen (rosenzweig) -le pain et la faim-1990